c'est moi qui éteins les lumières

 

L’histoire :

Dans un quartier préservé d'Abadan, Clarisse, l'épouse et mère de famille à travers qui l'histoire se déploie, est une femme d'une profonde humanité, intelligente, d'une simplicité de coeur qui nous la rend spontanément attachante. Par ses yeux, on observe le petit cercle qui se presse autour du foyer : un mari ingénieur à la raffinerie, fervent de jeu d'échecs et de politique, les deux filles, adorables et malicieuses jumelles, Armène, le fils vénéré en pleine crise d'adolescence, et la vieille mère enfin qui règne sur la mémoire familiale. Pourtant la très modeste Clarisse, cuisinière éprouvée qui se dévoue sans compter pour les siens, va bientôt révéler sa nature de personnage tchekhovien, au romanesque d'autant plus désarmant qu'il se montre on ne peut plus retenu. De nouveaux voisins se manifestent en effet, une famille arménienne débarquée de Téhéran qui va très vite bouleverser l'équilibre affectif de notre femme invisible. Tout l'art de Zoyâ Pirzâd est de brosser à petites touches impressionnistes d'une grande justesse visuelle le portrait d'une société patriarcale scellée par les usages et traditions des femmes. Et de restituer la réalité de la vie des Arméniens d'Iran pris dans l'ambiance plus vaste d'un pays d'accueil, cette Perse à la fois moderne et antique dont ce beau et fort roman dévoile pour nous la complexité culturelle et sociale.

 

Mon avis :

Les sujets de prédilection de l’auteure iranienne Zoyâ Pirzâd sont le quotidien et les rapports entres les hommes et les femmes. Dans “C’est moi qui éteins les lumières”, elle nous plonge dans le quotidien de Clarisse une mère au foyer de 38 ans qui gère sa maisonnée et s’applique à satisfaire mari, enfants, mère, soeur et amis sans se préoccuper de son propre bien-être. Jusqu’à l’arrivée de nouveaux voisins; les Simonian. Une famille composée d’une étrange grand-mère qui mène à la baguette son fils Emile et la fille de ce dernier. Emile Simonian ne laisse pas Clarisse indifférente. S’ensuit chez l’héroïne une introspection qui la plongera dans un état proche de la dépression. Nous partageons l’intimité de cette famille arménienne qui vit en Iran et à travers elle nous découvrons un pays, une époque et la condition des femmes arméniennes et iraniennes. L’auteure décrit chaque action et personnage avec beaucoup de précision et de zénitude qui rend  la lecture très agréable. Une belle découverte!

 

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